mercredi 12 mai 2010

Franz Kafka, élèments pour une théorie de la création littéraire. Bernard Lahire.

Bernard Lahire se propose dans cet ouvrage d'utiliser la sociologie pour sonder les mystères de la création littéraire. Kafka et son œuvre vont ainsi lui permettre de confronter la sociologie à d'autres disciplines, l'histoire, la critique littéraire, ou encore la psychologie, et de mettre en évidence la fécondité d'une telle entreprise.

La première partie du livre est consacrée à une défense pro domo de la pertinence de son travail. Cette centaine de pages est rendue nécessaire par le décloisonnement que propose Lahire entre différentes disciplines. S'exposant sur une ligne de crête, l'auteur anticipe les attaques, et répond par avance aux contradicteurs qui lui reprocheraient de mêler la sociologie à d'autres disciplines. Pour être clair, c'est la partie la moins intéressante du livre, cela s'apparente aux grandes querelles dogmatiques autour du sexe des anges, et n'intéressera que les scolastiques contemporains.

Ensuite, Lahire entre au cœur de son sujet, et il devient passionnant. Il commence par utiliser un moyen cinématographique pour décrire la fabrique d'un Kafka: il va partir de la description de la Prague des années 1880 pour peu à peu resserrer la focale, et en arriver à la description de son milieu familial.
Lahire va ainsi inscrire Kafka dans un contexte qui va nous aider à mieux comprendre pourquoi Kafka traite de ces thèmes si originaux, avec un style si particulier. Les réponses formelles, les sujets abordés par Kafka sont directement liés à une existence particulière dans un milieu particulier.


L'œuvre de Kafka, et plus largement de tout écrivain, est inséparable de son auteur et du milieu dans lequel il vit. C'est un contresens sur l'interprétation du Contre Sainte-Beuve que de vouloir extraire l'homme de l'œuvre. Proust combattait le jugement moral que certains critiques portaient sur les livres à partir de la moralité de leur auteur. Et en cela, on ne peut être que d'accord avec Proust. Ainsi, ceux qui refusent de lire "Voyage au bout de la nuit", au motif que Céline fut un salaud, se trompent. La puissance du roman transcende le sens moral de son auteur. Cependant, c'est déformer la pensée de Proust que de prétendre qu'on peut comprendre une œuvre indépendamment de ses conditions de gestation.

Lahire fait partie d'un courant, je pense par exemple à Onfray, qui réhabilite la biographie des auteurs pour mieux comprendre leur œuvre. Un texte, c'est une main pour l'écrire, un cerveau pour le faire naître, un espace et un temps pour l'accueillir. Les motifs de création artistique n'appartiennent pas à un monde idéalisé, abstrait, sacralisé. Il est nécessaire de redonner dimension humaine aux "grands hommes", quelle que soit la hauteur du piédestal sur lequel on le place, sauf à croire en une grâce divine touchant les génies.

dimanche 9 mai 2010

Déclaration d'amour.

"Je répugne absolument à parler. Du reste, ce que je dis est faux à mon sens. A mes yeux, la parole ôte à tout ce que je dis importance et sérieux. Il me semble qu'il ne peut en être autrement, étant donné que mille choses et mille pressions extérieures ne cessent d'influencer le discours. Je suis donc taciturne, non seulement par nécessité, mais aussi par conviction. L'écriture est la seule forme d'expression qui me convienne, et elle le restera même quand nous serons ensemble."

F. Kafka, lettre à Felice Bauer, 1913.

Comparaison n'est pas raison.

Je préfère la langue de Proust à la langue de bœuf.

samedi 8 mai 2010

Tous à la lanterne.

Je te hais. Toi, parvenu nuisible qui habille ta soif de domination d’un habit plus convenable de serviteur de l’intérêt commun. Commence par te pendre, parasite, pour rendre service à la communauté que tu prétends servir.

L'intérêt commun, c’est d’abord le tien : haut salaire, grosse bagnole, grands hôtels, caviar à la louche par derrière; par devant, discours de modération salariale, solidarité avec les plus démunis ou stigmatisation des fainéants de chômeurs suivant ton fond de commerce.
C’est aussi l’intérêt de tes enfants glandeurs et fumistes, continuateurs de ta race de sangsues, qui auront une place en or comme conseillers parlementaires, directeurs du service communication de la mairie d'à côté, les copains de papa lui doivent bien ça.
C’est encore la longue liste de tes secrétaires coopératives, de tes caporaux zélés qui connaitront une ascension fulgurante, narguant les trop moches et les trop honnêtes pour prétendre à un meilleur salaire autrement que par concours.

Puis, quand la justice à ta botte rendra sa sentence, elle te jugera trop vieux pour aller en tôle, mais pas trop vieux pour rendre le pognon que tu as volé.

Engeance de tartufes, faites ce que je dis, mais pas ce que je fais. Paye-toi sur la bête endormie, tant qu'il en est encore temps, je l'entends qui se réveille, qui gronde, qui te bouffera bientôt.

vendredi 30 avril 2010

Pierre Hadot est mort.

mardi 20 avril 2010

Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer

J’ai longtemps remis la lecture de ce roman. Sans doute un peu la crainte d’être déçu, après la lecture de « Tout est illuminé », le premier roman de Jonathan Safran Foer. Je me suis décidé lors d’une flânerie en bibliothèque : je ne l’ai pas regretté. Foer se maintient au sommet avec ce deuxième chef d’œuvre.

Il s’agit encore d’un roman polyphonique. La voix principale, c’est celle d’Oskar, enfant de dix ans dont le père est mort dans les attentats du 11 septembre. Découvrant une clé alors qu’il fouine dans les affaires de son père, il se met en tête de découvrir quelle serrure cette clef ouvre. C’est ce qui motivera sa promenade, au hasard de sa quête, dans un New-York à hauteur d’enfant, encore fumant des cendres du World Trade Center. Son récit à la première personne s’interrompt à plusieurs reprises par de longues parenthèses, qui donnent la parole à d’autres personnages du roman. Son grand père, sous la forme de longues lettres adressées au père d’Oskar, sa grand mère sous la forme de lettres directement adressées à Oskar.

L’intrigue n’est pas une préoccupation de l’auteur. Il a choisi d’autres armes que le suspens pour nous captiver, pour nous séduire, pour nous envoûter. Le premier mot qui me vient à l’esprit pour caractériser le ton de ce roman, c’est, malgré parfois les horreurs décrites, la légèreté ; pas de celle qui s’envole sans laisser d’empreinte. Il y a de la profondeur, du lourd, du très lourd pour lester cette apparence d’apesanteur. Foer excelle dans sa façon d’évoquer des sentiments profonds sur un mode mineur. Il manie l’humour sans méchanceté, sur fond de métaphysique, il fait naître le spirituel avec spiritualité. Il est question principalement de mort et de chagrin, et donc de vie et de joie, à chaque page, à chaque ligne. Tout est tissé, tout se tient, avec simplicité, avec évidence.

Une des grandes forces du roman, c’est aussi la façon dont l’auteur réussit à catalyser les mêmes émotions à propos des bombardements d’Hiroshima et de Dresde, ou des attentats contre les tours de Manhattan : à chaque fois les mêmes questions sans réponse, les mêmes souffrances, une façon de montrer qu’il n’existe pas de bonnes et de mauvaises victimes.

J’ai également été séduit par le travail de l’auteur sur la forme, cette façon de dynamiter le genre corseté du roman, en introduisant des images, des photos, de la couleur, des trouvailles calligraphiques, sans que jamais cela ne parasite la lecture. Ces soudaines ruptures dans le déroulement classique de l’histoire sont toujours au service de la narration, amplifiant le pouvoir évocateur des mots. Tout fait sens, une unité profonde lie ces changements de registre, tout se répond comme dans une chambre d’écho.

Le plus difficile pour l’auteur d’un premier roman réussi est de confirmer son talent. On peut dire que Foer s’en tire de manière magistrale. Une chose est sûre : je n’attendrai pas aussi longtemps pour lire son prochain roman.

jeudi 8 avril 2010

Ecrire sa vie.

"Tu pourrais écrire sur d'autres gens." "L'histoire de ma vie est l'histoire de tous ceux que j'ai connu." "Tu pourrais écrire sur tes sentiments." Elle a demandé, "Ma vie et mes sentiments, n'est-ce pas la même chose?".
Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près.

dimanche 4 avril 2010

Vérité et contexte.

Toute vérité est-elle bonne à dire ?
Je ne me place pas sur le plan de la conversation ordinaire : la réponse me semble tellement évidente. Quiconque déciderait de ne plus jamais mentir à son entourage ferait le vide autour de lui. Le mensonge, c’est de l’huile nécessaire dans les rouages des relations humaines.

Je me place plutôt sur le plan du discours médiatique. Je pense en particulier à une émission vue récemment à la télévision : Taddei interrogeait Comte Sponville sur les propos de Zemmour, qui affirmait que la majorité des délinquants étaient noirs ou arabes. Le philosophe prenait la défense du journaliste, expliquant en substance que la seule chose importante à établir, c’était de savoir s’il avait dit la vérité, auquel cas on ne pouvait rien lui reprocher. Seule la question de l’exactitude des affirmations de Zemmour comptait à ses yeux.


"Affaire(s) " Zemmour Guillon ce-soir-ou-jamais 1/2
envoyé par maghrebb. - L'actualité du moment en vidéo.

Comte Sponville faisait une impasse complète sur le contexte des propos, faisait abstraction totale du but visé. Je me suis alors souvenu d’une publicité que j’avais vue pour un journal brésilien : on entendait en voix off un commentaire vantant les mérites d’un homme politique qui avait redressé économiquement son pays, jugulant l’inflation et le chômage. En même temps qu’on entendait ces vérités, la caméra s’éloignait peu à peu d’une image pixellisée, et on voyait à la fin apparaître le visage de Hitler.

Une vérité peut être haïssable au même titre qu’un mensonge, quand elle sert à justifier le rejet de l’autre. On peut dire devant une assemblée d’historiens que Hitler a réussi économiquement là ou d’autres ont échoué, ce n’est pas la même chose de le dire devant un parterre de néonazis.
De la même manière, on peut vouloir s’interroger sur l’origine ethnique des délinquants, mais balancer à la télé que la majorité des délinquants sont noirs ou arabes, c’est un peu plus faire peser sur des populations discriminées la haine des imbéciles.

samedi 3 avril 2010

Alcibiade, Jacqueline de Romilly.

Quel destin exceptionnel que celui d’Alcibiade. Je connaissais très vaguement son histoire de traître. Et j’ai découvert un Paganini de la volte face, un virtuose du retournement de veste, qui fait passer nos Sarkozy, Kouchner ou autres Besson pour de gentils amateurs.

L’époque à laquelle vit Alcibiade est une des périodes les plus passionnantes et les plus documentées de l’antiquité. C’est celle de l’apogée puis du déclin de l’empire Athénien. Alcibiade va tour à tour servir puis trahir les trois puissances de la région : Athènes, Sparte et la Perse.

Sa patrie, c’est Athènes. Il va la mener à la catastrophe à cause de la folle ambition qui l’anime : devenir Alcibiade le Grand, un siècle avant Alexandre. Parti pour conquérir la Sicile à la tête d’une invincible armada, il va être la victime d’un complot ourdi par ses adversaires athéniens, qui voient en lui un futur tyran, s’il revient triomphant de sa campagne militaire. Alcibiade, trahi par les siens, va choisir de trahir les siens : il se range du côté de Sparte. Il va ainsi devenir un conseiller politique et militaire déterminant dans la guerre du Péloponnèse, permettant à Sparte de prendre l’avantage sur Athènes.
Il va ensuite proposer sa médiation auprès du roi de Perse, pour tenter de le convaincre d’un rapprochement avec Sparte. Là encore, son éloignement de Sparte va réveiller ses adversaires lacédémoniens. Se sentant menacé, Alcibiade va trahir à nouveau pour devenir conseiller du satrape perse Tissapherne. On pense alors qu’ayant fait le tour de toutes les puissances à trahir, notre héros prendra une heureuse retraite. Pas vraiment …
Alcibiade va alors réussir le plus extraordinaire, le plus magnifique, le plus impensable retournement de situation : revenir à Athènes acclamé en héros.

Jacqueline de Romilly nous livre un magnifique thriller. Tous les ingrédients sont là pour nous tenir en haleine. On tourne les pages fébrilement, surpris par des rebondissements inattendus, conquis par un personnage attachant malgré ses turpitudes.
On trouve aussi matière à réflexion sur la motivation des hommes politiques :
« Le goût du faste, qui est étroitement lié à celui du pouvoir, lui [Alcibiade] fait dépenser de l’argent pour des gloires sportives, qui, effectivement, attirèrent les yeux de tous. Mais les achats faits à cette occasion furent financièrement suspects et entraînèrent des procès, qui traînèrent longtemps. Ce sont choses qui arrivent quand l’ambition, liée à l’audace, ignore les limites et les scrupules. Mais ce sont des choses, aussi, qui ne témoignent pas d’un bon état de la démocratie. ».
A méditer …

mercredi 24 mars 2010

Télénabbe.

J'adore ces pestiférés des médias qu'on voit partout.
Le dernier en date: Marc-Édouard Nabbe.
Pour quelqu'un qui se prétend victime d'ostracisme, on peut rêver sort plus cruel: trente minutes de promotion chez Giesbert, puis chez Taddei.
Je l'ai plus vu que BHL, le pape et Sarkozi (réunis).
On attend Nabbe à présent chez Busnel, à moins que celui-ci fasse la différence entre marketting et littérature.

mardi 23 mars 2010

Vérité vraie.

La distinction entre vérité et mensonge n'a aucun sens: il existe des mensonges sincères et des mensonges malhonnêtes, ceux auxquels on croît et ceux auxquels on veut faire croire.

dimanche 21 mars 2010

printemps

Le printemps s'écrivait au XIIIe siècle printans, mot composé de prins et tans, du latin primus tempus : c'est le premier temps, c'est à dire la première saison. On trouve aussi l'expression tens prin. Le mot prin désigne le début, le commencement :
el prin d'esté, c'est le début de l'été

Le latin primus se retrouve dans le qualificatif prime, employé dans certaines expressions comme la prime jeunesse. Ces mots latins se retrouvent dans l'expression anglaise prime-time.


dimanche 14 mars 2010

La Bataille, Patrick Rambaud.

La bataille d’Essling n’est pas la plus connue des batailles napoléoniennes. Pourtant, au dire des historiens, elle marque un tournant : pour la première fois, même si on ne peut pas encore parler de défaite, l’armée napoléonienne dut se replier sur ses positions.
C’est cette bataille que Patrick Rambaud a choisi de nous raconter, reprenant à son compte un projet avorté de Balzac. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a rempli le cahier des charges que son illustre prédécesseur avait dressé :
« Il faut que dans un fauteuil, un homme froid voie la campagne, les accidents de terrain, les masses d’hommes, les événements stratégiques, le Danube, les ponts […]. Vous devez avoir tout vu intuitivement et vous rappeler la bataille comme si vous y aviez assisté. »

Mais Rambaud ne se contente pas de nous faire sentir l’odeur de la poudre et du sang. Il a choisi également de nous montrer les grands personnages qui ont pris part, de près ou de loin à cette boucherie. Entre autres stars de l’époque, Napoléon et Stendhal : ces noms ne peuvent être évoqués sans charrier derrière eux les poncifs qui alimentent l’imaginaire collectif. Ils sont devenus des icones, des légendes plus vraies que la vérité. Rambaud leur redonne une dimension humaine. C’est inhabituel de décrire un Napoléon ventripotent engueulant son marmiton parce qu’il a trop chauffé sa soupe aux macaronis ; ou encore incapable de se hisser sur un promontoire pour superviser le champ de bataille, et déléguant cette responsabilité à un colonel en meilleure forme physique.
Le Henry Beyle d’avant Stendhal est lui aussi inattendu, saisi dans sa période d’incubation. Spectateur plus qu’acteur, il est une sorte d’agent d’intendance. Aux jeux de la guerre comme à ceux de l’amour, il est décrit comme un personnage falot. Il est très loin des personnages principaux de ses romans.

Rambaud nous distille sa leçon d’histoire avec son brio habituel, fait d’érudition, de verve, et d’humour. A lire, malgré le prix Goncourt : l’exception qui confirme la règle.

vendredi 12 mars 2010

Signe des temps



On parle beaucoup en ce moment de la difficulté pour les (mauvais) français, nés de parents nés à l’étranger, à faire renouveler leur carte d’identité.
On en parle moins, mais c’est tout aussi révélateur de la société liberticide qu’on nous impose, sous un alibi sécuritaire :
interdiction de sourire sur vos cartes d’identité!

Vous êtes autorisés à avoir l’air triste, l’air méchant, l’air con. Mais interdiction de paraître gai.

Gouverner un peuple de trouillards, voilà le crédo de nos dirigeants. La liberté est du côté de la joie, l’ordre du côté de la tristesse et de la mort. Il faut interdire aux gamins de sourire à l’objectif. Apprenons leur à faire la gueule, à regarder TF1 et à voter Sarko.

vendredi 5 mars 2010

Dépoussiérage.

Pour l'épreuve littéraire de TL en 2010-2011, par quoi va-t-on remplacer les Pensées de Pascal?
Par les Mémoires de De Gaulle.
Les responsables des programmes ont longtemps hésité entre ce monument de l'autofiction, et Éloge des voleurs de feu, de son fils spirituel.

Aux dernières nouvelles, on envisage pour l'épreuve de philosophie de remplacer les Essais de Montaigne par une anthologie des textes des chansons de Johnny Halliday.

Que du bonheur.

jeudi 4 mars 2010

Vera Hall, Troubles so hard.

On connaît ce gospel "légèrement" orchestré, peut être moins dans sa version originale.



mardi 2 mars 2010

Tiercé gagnant.

J’ai choisi de me rappeler le tiercé gagnant de mes lectures des deux dernières années.

Je n’évoquerai pas ceux qui m’ont « seulement » touché, ému, diverti, même si je ne remercierai jamais leurs auteurs avec assez de gratitude. C’est toujours un pari que de forcer le lecteur à dépasser les cinquante, que dis-je, les dix premières pages d’un livre, de lui faire ce cadeau immense de la découverte d’un monde inconnu.

Je ne parlerai pas non plus des chocs attendus : celui du « Voyage au bout de la nuit », dont j’avais remis pendant si longtemps la lecture pour de mauvaises bonnes raisons ; ou encore « Le livre de l’intranquilité » qui m’est tombé dessus par le hasard d’une conversation. Ces livres sont de tels monuments que ce n’est pas un minuscule exploit qu’ils ne suscitent la déception. Alors quand vient l’éblouissement …

J’ai plutôt envie de me rappeler des rares livres qui pour n’être pas encore passés par le tamis du temps n’en sont pas moins d’une qualité rare, de celle qui porte sinon la promesse impossible d’immortalité, du moins le vague espoir de laisser dans la mémoire du dernier homme, ou plutôt de la dernière femme qui saura ce qu’était lire, la trace évanescente d’un souvenir oublié.


« La route », Mc Carthy ;
« Les vestiges du jour », Ishiguro ;
« Tout est illuminé », Foer.

Rendez-vous en l’an 2100.

mercredi 24 février 2010

Comme des rats, Patrick Rambaud.

Sur le même principe que « Les fourmis », de Werber, Rambaud nous propose de découvrir le monde des rats. La comparaison s’arrête là. C’est du trash, façon égout et pus qui nous attend.
Nous allons suivre la naissance, l’expansion et le déclin d’un empire en moins de 200 pages. Et oui, un rat ne vit pas longtemps (moins d’un an en liberté, trois à quatre ans si on le domestique). C’est donc à cette échelle que s’écrivent les plus remarquables pages de leur Histoire.
Gaspardino, sorte d’Alexandre mâtiné de Napoléon, va devoir s’exiler des Halles de Paris, après que les Gros (comprenez les humains) ont décidé de déménager à Rungis. Il va fonder une colonie, partir en guerre contre ses voisins, découvrir une terra incognita. Explorateur, guerrier, fondateur, sa vie de rat n’est pas celle que l’on s’imaginait.
On apprend énormément sur les mœurs des rats, Patrick Rambaud s’étant à l’évidence documenté avec soin. Mais surtout, on s’amuse à chaque page, tant l’auteur excelle dans l’ironie et le blasphème. Son adaptation de l’Odyssée, ou du mythe d’Œdipe sont un vrai régal. Mais derrière la dérision, on trouve matière à une véritable réflexion sur ce qui distingue l’homme de l’animal.
J’ai passé un excellent moment de lecture.

vendredi 19 février 2010

La blessure et la soif, Laurence Plazenet.


La première partie du roman décrit la naissance d’une liaison entre Mme de Clermont, épouse qui n’a pour son mari « que la dilection que Dieu recommande », et M de la Tour, jeune soldat dégoûté de la guerre, neveu du mari. On suit chronologiquement, presque sous la forme d’un compte rendu journalistique, l’éclosion puis l’épanouissement de cette histoire d’amour, fleur abandonnée au milieu du champ de ruine qu’est devenue la France. En effet, cette passion coupable se développe pendant la période de La Fronde, avec tout le cortège d’horreurs engendrées par la guerre.
M de la Tour va ensuite s’exiler en Chine, après qu’il ait assisté au viol de sa maîtresse par M de Clermont. On découvre alors le troisième personnage du roman, Lu Wei. Lui aussi a vécu une passion tragique, au sein d’une société en guerre. De la rencontre de ces deux destins parallèles va naître une amitié. Nous allons découvrir que ces deux hommes ont vécu la même expérience, malgré tout ce qui les sépare.

Le bandeau de couverture, « De Pékin à Port-Royal », promettait une aventure hors des sentiers battus, un voyage inédit, presque impossible, entre la France et la Chine du 17ème siècle. Le dépaysement est certes au rendez-vous. Mais curieusement, il paraît anecdotique tant les points de convergence se multiplient entre ces deux histoires entremêlées. Les deux héros malheureux, pourtant culturellement si éloignés, vont trouver la même réponse à leur malheur, dans une quête mystique passant par la voie de l’ascétisme :
« Les mois se succèdent. Deux hommes hors du monde n’arrêtent pas les saisons. La neige a fondu. L’équinoxe du printemps a passé. Le printemps, à son tour, s’achève. Les paupières des deux suppliants sont closes. Au-dedans de cette barrière, défilent, purs filaments de couleur, tantôt pourpres, tantôt noirs comme l’âtre d’un four ou ivoire comme les boucles aux oreilles des femmes, des vestiges des mondes où ils ont vécu. »

De la même manière, on ne peut s’empêcher de tisser des liens cette fois diachroniques entre le 17ème siècle et l’époque contemporaine. Le roman invite à s’interroger sur la soit disant spécificité de la barbarie dans les sociétés modernes : famines organisées, massacres, viols, tortures, ces fléaux sont de tout temps, de toute époque. On est convaincus à la lecture de certaines pages du livre que ce qui unit l’humanité au-delà des distances géographiques ou temporelle est plus fort que ce qui la divise.

Quant à l’écriture, elle nous tient en haleine de pages en pages. Avec virtuosité, l’auteur alterne des paragraphes d’une écriture sèche, à l’os, avec des moments de lyrisme absolu, lorsqu’elle laisse la parole à ses personnages. La langue baroque de ses héros alterne avec les comptes rendus distanciés. On retrouve l’ambiance des tableaux des maîtres hollandais de cette époque, l’utilisation du clair obscur pour attirer l’attention du spectateur sur de menus détails, qui donnent tout leur sens à la scène décrite.

Ce qui m’a le plus enchanté dans ce roman, c’est moins la rencontre de personnages attachants, ou d’une époque ancienne, que la fréquentation d’une langue magnifique, d’un style flamboyant. Laurence Plazenet a réussi à écrire à la fois un roman historique et une œuvre littéraire. C’est du Troyat revisité par Cohen. Admirable.

jeudi 11 février 2010

Vendetta, R. J. Ellory.

Un tueur à gages de la mafia, Ernesto Perez, kidnappe à la Nouvelle Orléans la fille d’un gouverneur véreux. Il demande en échange de sa libération qu’on entende l’histoire de sa vie. Obligé de tenir le rôle de confesseur, Ray Hartmann n’a qu’une envie : retourner à New York, pour sauver son mariage. Il va pourtant devoir rester face à face avec un assassin, l’écouter raconter cinquante ans de meurtres, être l'auditeur complaisant d'un bourreau.

Ellory a le talent de nous happer dès les premières pages. Et les six cents pages qui suivent tiennent la cadence. L'auteur nous conduit droit au cœur du neuvième cercle. Les damnés ont ici pour noms Hoffa, Monroe, Kennedy. L’enfer, c’est la pègre de ces cinquantes dernières années. Cela ne vous rappelle rien ? On retrouve le décor des romans d’Ellroy, mais la focale s'est déplacée. L'intrigue se tisse essentiellement du côté des truands. Ellroy nous avait habitué à côtoyer les flics pourris de Los Angeles, Ellory nous fait rencontrer leurs alter ego maffieux.
Derrière le recyclage maîtrisé, mais convenu des thèmes habituels de la théorie du complot, Ellory s'abandonne à un hymne familial qu’on n’attendait peut être pas au milieu de toute cette fange. Les personnages du roman qui vont échapper à la géhenne, qui parviendront à trouver le chemin d’une possible rédemption, ce sont ceux qui ont placé au dessus de tout le reste leur loyauté envers leurs femmes ou leurs enfants. Et malgré tout ce qui les sépare, s’il existe un terrain sur lequel Ernesto et Ray se rencontreront, c’est celui de l’amour qu’ils portent à leurs proches.

C’est une agréable surprise de découvrir que l'auteur de « Seul le silence » a transformé l'essai. On pouvait craindre un coup d’éditeur, et être déçu par la comparaison des deux romans. Ce n’est pas le cas. « Vendetta » est une réussite.

jeudi 31 décembre 2009

Seth Greenland, Mr Bones.

Ce roman nous décrit, à travers les destins croisés de deux personnages, l'industrie hollywoodienne des années 2000, reconvertie dans la création de sitcoms pour la télé.
Franck Bones exerce la profession de comique. Pour relancer sa carrière sur le déclin, il souhaite animer une émission de télé. En revanche, tout va bien professionnellement pour Lloyd Melnick, scénariste à succès qui gravit les échelons qui mènent à la fortune. Jusqu'à sa décision de venir en aide à Franck ...

C'est d'une plume trempée dans la nitroglycérine que Seth Greenland nous décrit la jungle hollywoodienne, qu'il connaît de l'intérieur pour avoir lui même collaboré en tant que scénariste à quelques séries. Dans ce jeu de massacre hilarant, personne n'échappe à sa lucidité acide, de la petite starlette qui rêve de gloire, au gros producteur blasé.
Un vrai régal.

Netherland, Joseph O'Neill

C'est intéressant de lire un des livres de chevet du président Obama. On comprend mieux la sensibilité sociale des dirigeants de notre financiocratie.
Le propos du roman, c'est le mal à l'âme post 11 septembre d'un millionnaire hollandais, new-yorkais d'adoption: il a dû quitter son loft à Wall Street, sa femme et son fils sont partis vivre à Londres: snif, on compatit.
Entre un président amateur de romans guimauves pour richards, et un autre président illettré, on se dit que la planète est entre de bonnes mains ...
On voudrait leur conseiller de lire La misère du monde, de Bourdieu. 15 ans déjà, et rien de changé.

mardi 29 décembre 2009

Alela & Alina

Cela rappelle furieusement les ballades de Simon et Garfunkel, par l'évidence de deux voies qui se marient à la perfection.

jeudi 24 décembre 2009

François Marchand, L'Imposteur.

Un glandeur professionnel, Alglave, se trouve propulsé sans aucune qualification à la direction d’un service du ministère du travail. Son premier objectif est de durer le plus longtemps possible avec un salaire confortable, avant que quelqu’un ne découvre son incompétence. Puis, réalisant qu’il ne risque pas d’être démasqué, la compétence n’étant pas une qualité essentielle pour occuper ses fonctions, Alglave va alors décider de monter toutes sortes de combines pour arrondir ses fins de mois :
« Mon arrivée coïncidait avec l’effervescence des « accords 35 heures ». Je compris très vite qu’il s’agissait d’une mine d’or. La loi allait obliger les entreprises à abaisser le temps de travail hebdomadaire. En contrepartie de cette concession largement fictive puisque compensée par des gains de productivité et une plus grande flexibilité, les entreprises saisissaient l’occasion de baisser les salaires. Pour la première fois de son histoire, le pays connaissait cette situation inouïe : une croissance forte accompagnée d’une baisse des revenus du travail. »

Derrière la satire parfois facile des pratiques technocratiques, l’auteur se livre à un véritable réquisitoire contre certaines escroqueries patronales. On découvre derrière le propos volontairement léger quelques combines ahurissantes, qui ne font jamais la une des journaux : les sociétés de portage qui font rémunérer par les Assedic les périodes creuses de leurs faux salariés, ou des groupes hôteliers qui font croire à des chômeurs qu’ils vont devenir patrons, et les transforment en gérant-mandataire pour des revenus de misère.
On découvre aussi tout un catalogue de pratiques frauduleuses dans l’organisation de certains concours de la fonction publique. Ainsi, par exemple :
« L’organisateur ne publiant pas le concours au Journal officiel, les seules inscriptions émanaient des quelques candidats dans la confidence. J’avais ainsi découvert des citadelles mieux gardées que la réserve d’or de la Banque de France : qui a entendu parler du concours de documentaliste des services du Premier ministre, par exemple ? Ou du concours d’analyste des débats du Sénat (7000 euros par mois juste pour retranscrire les débats parlementaires trois jours par semaine), organisé en catimini tous les deux ou trois ans, à des périodes irrégulières et sans annonce préalable ? »

Tout en dénonçant certaines pratiques scandaleuses dans notre belle république bananière, François Marchand nous fait passer un excellent moment, tant son humour noir est présent à chaque page. Mais il sait également se faire tendre, quand il nous livre par exemple ce joli portrait féminin :
« A aucun moment Anne-Marie n’était menacée par la pédanterie. Elle avait conscience des béances de son savoir, ce qui est la marque d’une femme très cultivée. Sa pensée était une suite de questions destinées à augmenter sa compréhension des choses et des hommes. Ses propos étaient toujours orientés, non vers des sujets qu’elle maîtrisait, mais vers ceux qu’elle connaissait mal. Elle était un vaccin contre la cuistrerie et l’ignorance. »

mercredi 23 décembre 2009

Leonardo Padura, Les Brumes du passé.

Mario Conde, ex flic reconverti dans le négoce de livres anciens, découvre au hasard de ses tribulations dans un quartier de La Havane, une mine de diamants: des livres rares, dans un impeccable état de conservation. Ce trésor oublié appartient à un couple de vieillards affamés, un frère et une sœur, qui vont confier à El Conde le soin de vendre quelques uns de leurs livres précieux. Ce dernier va alors exhumer des pages d’un de ces livrse un article de journal de 1960, relatant les adieux à la scène d’une chanteuse de boléro, Violeta del Rio.

On entre tout doucement dans ce polar proustien. Ce roman, où la mémoire tient une place centrale, ressuscite des mondes oubliés, évoque une époque révolue d’avant la révolution cubaine. C’est un boléro qui sert ici de catalyseur à des lambeaux de mémoires dispersés. Violeta, chanteuse suicidée ou assassinée, va revivre par la seule volonté de Mario Comte. Avec elle, c’est un univers évaporé, celui des nuits interlopes des cabarets de la Havane, des putes et des truands des années cinquante, l’atmosphère nostalgique des films noirs qui va renaître.

Leonardo Padura adopte un rythme lent et langoureux pour suggérer plutôt que dénoncer. Les ravages d’un espoir éternellement sacrifié, par une révolution toujours trahie, sont décrits à travers la vie de misère d’une population abandonnée. On découvre derrière les façades lépreuses des solars coloniaux que la misère n’est pas moins pénible au soleil.

Les Brumes du passé tient la promesse de son titre magnifique.

vendredi 18 décembre 2009

Iain Levison, une canaille et demi.

Trois personnages principaux pour ce roman: un braqueur de banque, un professeur d'histoire, otage du braqueur, et une agent du FBI, à la recherche du braqueur. Chacun d'eux est à un moment charnière de sa vie, où le destin peut basculer du côté de la fortune, ou de l'autre côté ...
Ce roman de Levison est d'une redoutable efficacité. Dès les premières phrases, il parvient à nous captiver, sans que jamais ne se relâche la tension.
Le propos est souvent drôle, décalé. Il est question à chaque page des petits arrangements avec la morale. C'est une fable très réussie sur l'individualisme, l'arrivisme, la façon de réussir dans une société qui promeut les canailles.

Ici et maintenant.

Il existe un unique instant pour s'éveiller; cet instant unique, c'est maintenant.
Bouddha.

vendredi 11 décembre 2009

Superbe Biolay.

Bashung est mort? Vive Biolay.
Extraordinaire album, je manque de mots pour décrire le k.o. après l'écoute de "La superbe". Rien de comparable depuis "Fantaisie militaire". Biolay touche au plus intime des sentiments, remue des choses que l'on croyait effacées, avec une insolente indolence de dandy. Il a synthétisé les influences les plus diverses, allant de Miossec à Daho, en passant par Chanfort, pour nous offrir un bijou de sophistication, avec ce supplément d'âme qui n'appartient qu'aux plus grands.

jeudi 10 décembre 2009

Résistance.

Alors que Sarkozi et sa clique distribuent leurs hochets à foison, il existe encore des hommes d'honneur.
Bravo Monsieur Mordillat.
"[...] je ne veux pas être dans l'obligation de serrer la main - même au titre de simple politesse - à un membre d'un gouvernement qui s'enorgueillit d'avoir un ministère du racisme et de la xénophobie, qui stigmatise les chômeurs comme des feignants et les salariés comme des privilégiés, qui taxe les indemnités des accidentés du travail etc, bref qui développe une philosophie facho-libérale que tout en moi réprouve, que tout en moi combat."

jeudi 19 novembre 2009

La France de Sarkozy.

Vous vous êtes exilée à Berlin pour des raisons politiques?

Marie NDiaye: Je n'irais pas jusque là! On serait partis même si Ségolène Royal avait été élue! Nous n'avons pas fui je ne sais quel tyran. Mais c'est vrai que ça a été l'accélérateur du processus. Plus du tout envie d'être là. Et c'est toujours vrai aujourd'hui. En Allemagne, il y a tout de même une morale. On peut ne pas être d'accord avec les idées de Merkel mais, même si c'est une politique de droite, on ne sent pas le pays livré à l'immoralité comme en France. Sarkozy, oui, c'est un manque de tenue, d'élégance morale.

mercredi 18 novembre 2009

Slumberland, Paul Beatty.

Slumberland s’inscrit dans l’héritage du voyage de Gulliver, ou des lettres persanes. C’est une étude humoristique des mœurs et coutumes de nos voisins teutons.

Le héros du roman, Ferguson, est un DJ noir américain. Il a créé un beat d’anthologie, et veut retrouver un musicien génial, seul capable de l’interpréter, le Schwa. Sa quête le mène alors dans le Berlin de la fin des années 80. C’est le prétexte du roman, l’intrigue qui va servir de liant à cette longue méditation sur la musique, le sexe, la race, et toutes sortes de sujets propices à choquer le bourgeois. Le roman va alterner les monologues intérieurs du narrateur, et ses conversations avec les représentants d’une faune berlinoise très bigarrée.

J’ai retenu de cette lecture un thème qui traverse le roman de bout en bout : la mauvaise conscience, les non dits qui hantent les relations entre enfants de bourreaux et enfants de victimes. C’est dans ce but que l’auteur immerge un descendant d’esclave en Allemagne. Qu’est ce qui change si on remplace le juif par le noir, ou l’Alabama des années 50 par l’Allemagne post hitlérienne ? Rien. Beatty s’ingénie à rendre compte d’un malaise qui ne passe pas, à traquer derrière les faits les plus banals les traces d’un passé toujours vivant:
« Parfois, dans le métro, je me tiens dans mon coin, à l’écart, je contemple les banlieusards, les punks bardés de piercings et les étudiants, tous assis droit comme des i sur leurs sièges, les coudes ramenés sur le côté, et c’est alors que remontent mes préjugés et mes craintes génocidaires. Je songe qu’un jour une sonnerie retentira, ces gens se lèveront tous comme un seul homme en un claquement de talons, poussant un belliqueux « Jawohl ! », et m’ordonneront de monter dans le prochain train. Je sais qu’une telle sonnerie peut retentir dans n’importe quel pays, à n’importe quel moment. Et que certains se lèveront en toute bonne foi, que d’autres se lèveront par peur, et que quelques-uns sortiront grandis de cette épreuve en n’obéissant pas, ils hébergeront leurs semblables, distribueront des tracts, mourront en tentant quelque chose. Mais quand même. »
Bien sûr, personne n’est responsable des actes de ses parents, et cependant il reste une tâche indélébile. Le commun des rencontres humaines se nourrit de catégorisations débiles, qui se constituent à notre insu, qui nous contraignent à nous comporter comme héritier d’un crime sans date de prescription.

Le ton ironique du roman, la complaisance sans risque d’un voyeurisme distant fait souvent penser à Houellebecq. Je l’ai lu avec le même plaisir masochiste teinté de nausée. Mais heureusement, il y a cette place de choix faite à la musique, qui permet de disperser les relents schopenhaueriens d’un parti antihumaniste. Et un autre adjuvant à cette pilule amère, c’est le style : un style vivant et percutant, inventif, poétique, qui rend la prose de Beatty si musicale :
« Tout corps funky de l’univers exerce sur tout autre corps hip-aï-di-ho une force d’attraction soulsonique ayant pour axe la ligne de basse et directement proportionnelle au produit de la masse de leurs culs à la ramasse et inversement proportionnelle au carré taré de la séparation raciale entre les deux objets.
F=G*m1*m2/r2
où : F est le funk, G la constante groove, m1 la masse du premier cul à la ramasse, m2 la masse du second cul à la ramasse, et r la grande division raciale. »
.

mardi 3 novembre 2009

Le Club des Incorrigibles Optimistes, Jean-Michel Guenassia.

L’auteur nous emmène dans le Paris du début des années 60. C’est l’histoire de Michel, lycéen à Henry IV, passionné de lecture, de photographie et de baby foot. Dans l’arrière salle d’un café, il va découvrir un repaire d’exilés politiques de l’Est. Ces derniers vont l’initier au jeu d’échec, et lui confier leurs histoires les plus intimes. Elles vont entrer en résonnance avec ses propres tourments d’adolescent : le départ de son meilleur ami, puis de son frère pour l’Algérie, pendant qu’à la maison, ses parents se livrent une guerre d’usure, sur fond de lutte des classes.

C’est un roman de prés de 800 pages sans une longueur ! On se laisse emporter par le récit sans que jamais l’intérêt ne s’émousse. La vie déborde partout du cadre, comme dans les plus belles photographies de Boubat ou de Ronis. L’histoire est racontée de bout en bout par un seul narrateur, Michel, et pourtant Guenassia réussit l’exploit de multiplier les points de vue, de rendre chaque situation dans sa complexité, sans jamais prendre partie ou juger les actes de ses personnages. Ainsi, quand Leonid trahit son ami Dimitri, et choisit de passer à l’ouest pour retrouver la femme de sa vie :
« Il s’en voulait de n’avoir rien tenté pour aider son ami. Il essayait de se persuader que cela n’aurait servi à rien. Le visage de Dimitri disparut, effacé par celui de Milène. On dit qu’il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre, c’est une vérité profonde. Ce qui relève de la conviction et de l’espoir échappe à la logique. Quand un homme accomplit son rêve, il n’y a ni raison ni échec ni victoire. Le plus important dans la Terre promise, ce n’est pas la terre, c’est la promesse. »

Guenassia prouve par l’exemple qu’il est possible d’atteindre des sommets par une écriture simple, limpide, sans triche.

samedi 24 octobre 2009

Dans l'atelier de R. J. Ellory.

"Quand on a lu un livre, on oublie généralement le nom des personnages, puis l'intrigue, mais on se souvient toujours du sentiment qu'il nous a laissé. C'est de cela que je pars: le sentiment que le livre devra susciter. Puis je choisis l'endroit qui le conditionnera."
Trois questions à R. J. Ellory, Magazine Littéraire n° 490.

jeudi 15 octobre 2009

La patience du temps perdu.

Didier Jacob: Quel est selon vous l'écrivain vivant le plus ennuyeux qui soit?
Joyce Carol Oates: J'ai tendance à me sentir en sympathie avec les écrivains vivants - et non vivants. Nous faisons tous de grands efforts pour être intéressants. De nombreux lecteurs impatients qualifieraient Proust d'«ennuyeux»... mais nous savons qu'ils se trompent. Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis.

lundi 12 octobre 2009

Conseil d'ami.

On ne parle jamais des livres qu'on offrirait à son pire ennemi. Les conseils en matière de littérature paraissent toujours amicaux. Il existe pourtant des livres qui vous atteignent pire qu'une maladie grave, qui vous rongent doucement de l'intérieur. Je suis malade d'un livre. Je ne l'ai pas lu par hasard. Quelqu'un me l'avait conseillé. Un ami ...

mardi 29 septembre 2009

L'éloquence de Sarko.

N’attendez pas du président, ni qu’il vienne flatter les oreilles par des cadences harmonieuses, ni qu’il veuille charmer les esprits par de vaines curiosités.
Ecoutez ce qu’il dit lui-même : « Casse-toi, pauv’ con ! ».
Si notre vulgarité déplaît aux natures délicates, qu’elles sachent que nous voulons leur déplaire, que Nicolas fuit leur stérile culture, et qu’il ne veut être connu que du troupeau qui veaute.
Abaissons nous donc à ces avides téléphages, faisons leur des discours dont la bassesse tienne quelque chose de la grossièreté de leur choix, quand leur vient le besoin de se répandre dans l’urne.

mardi 15 septembre 2009

La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz

Junot Diaz mêle la petite et la grande histoire dans cette saga familiale. Le roman commence dans les années 80: on fait la connaissance dans les premières pages d'Oscar Wao (déformation d'Oscar Wilde) et de sa sœur Lola, en conflit avec Beli, leur terrible mère dominicaine. L'auteur va ensuite remonter le cours de l'histoire, jusqu'aux années 40. Nous découvrons alors le calvaire subi par Beli dans sa jeunesse, ainsi que la destruction de sa famille, sous l'ère du sanguinaire dictateur Trujillo.
C'est un roman qui conjugue tragique et comique. Derrière une drôlerie permanente, Diaz dévoile en arrière plan une des plus atroces dictatures du vingtième siècle. L'auteur est parvenu à une osmose parfaite entre les rires et les larmes. L'ensemble est servi par une écriture inventive et explosive, une prose splendide aux accents caraïbéens.
C'est une œuvre envoûtante, un voyage merveilleusement inspiré au cœur des ténèbres.

dimanche 6 septembre 2009

Informons les riches.

Pourquoi les riches cachent-ils leur pognon en Suisse? Parce qu'ils croient que leurs impôts ne servent qu'aux pauvres. Ils ne voient que les dépenses inutiles, pour la santé ou l'éducation. Comme ils peuvent payer tout ça à leurs gosses de riches, ils ne voient pas où est leur intérêt. On leur demande de payer en plus pour les enfants de pauvres, ça fait double dépense.

Il faut leur expliquer, aux riches, que les impôts, ça sert aussi à leur payer la police, l'armée, les tribunaux. Les riches seraient obligés de partager leur pognon sans ça, ou de se payer des milices privées, et c'est vachement plus onéreux que les impôts.

Les riches ne sont pas méchants, ils sont seulement mal informés. Les pauvres, ils sont bien informés, ils écoutent les informations. Des fois, on raconte les émeutes à la télé, surtout avant les élections, surtout sur tf1. Les pauvres comprennent pas que les émeutes, c'est pour informer les riches, alors ils écoutent eux aussi, et ils votent Sarko comme les riches.

Expliquons aux riches que ce sont pas les banquiers suisses qui les protégeront, le jour où les pauvres les pendront. Et ils accepteront de payer leurs impôts, même s'il y a un peu de gaspillage dans des trucs aussi inutiles que la culture.

samedi 29 août 2009

Julius Winsome, Gérard Donovan.

Julius Winsome consacre sa vie à son chien, Hobbes, et à la lecture. Il vit en ermite dans le Maine, région enneigée des États Unis, à la frontière du Canada. Il habite un chalet tapissé de milliers de livres. Il nous raconte comment il devient sniper pour venger la mort de son chien, prenant pour cibles les chasseurs qu'il accuse de ce crime.
C'est une œuvre qui mêle poésie et roman noir. On pense à Walden, avec cette exaltation de l'individualisme au cœur d'une nature omniprésente. Mais Julius est un Thoreau devenu fou. Contre la non violence, il choisit la loi du Talion: il devient un loup pour les viandards qui l'entourent.
C'est aussi la confession d'un passionné de lecture. Mais ce lecteur est d'un type particulier: égotiste, renfermé, sans contact avec l'autre. Pourquoi lit-on? Pour se construire, pour grandir, puis pour affronte le monde avec davantage d'épaisseur. Julius a trop lu sans échanger, a coupé le cordon qui le liait à l'humanité, s'est cloîtré dans son univers livresque. La façon shakespearienne avec laquelle Julius s'exprime est un symptôme de cette parole qui s'enferme sur elle-même, qui tourne à vide. L'accès à l'altérité disparaît, les géants qui auraient pu le porter sur leurs épaules l'étouffent. Le délire paranoïaque de Julius était en germe: il va s'épanouir quand sa dernière porte de sortie se referme avec la mort de Hobbes.
Gérard Donovan a créé un personnage magnifique, simple et profond, limpide et complexe à la fois, qui nous accompagnera longtemps.

samedi 22 août 2009

Un acte d'amour, James Meek.

L'action principale se situe en 1919, pendant la révolution russe. Quatre destinées vont se croiser dans un village perdu de Sibérie: celles d'une femme, Anna Petrovna, du chef du village, Balashov, d'un bagnard en fuite, Samarin, et enfin de Mutz, le lieutenant d'une légion aux ordres d'un fou sanguinaire.
Pour rendre intense notre attachement à chacun de ses personnages, James Meek prend le temps au début du roman de nous les rendre palpables, de leur insuffler la vie, avec une éblouissante maîtrise de démiurge. Puis il va les conduire aux situations les plus extrêmes, les forcer à agir contre leurs convictions, les confronter au choix entre noblesse et ignominie.

Il s'agit d'un thriller métaphysique, la profondeur de la réflexion se disputant à la vitesse de l'action, c'est du Tolstoï sous amphétamines. On se laisse d'abord tout doucement prendre par une écriture magnifique, des descriptions d'une finesse psychologique rare. Puis l'intrigue s'accélère, sans que l'on s'en rende compte, jusqu'à ce qu'il devienne impossible de sauter du train. On finit le roman sur les rotules, on en veut presque à l'auteur de ce K.O. auquel on n'était pas préparés.
Admirable.

jeudi 20 août 2009

Au bon roman, Laurence Cossé

L'idée de départ était plutôt alléchante: raconter la jalousie suscitées par le succès d'une librairie ne vendant que de bons romans. Et le début du roman tient ses promesses: on est plongé immédiatement dans l'action, avec une série d'attentats dont les victimes sont les membres secrets du comité qui doit élire parmi tous les romans parus depuis quatre siècles la crème du genre.
Malheureusement, le soufflé retombe, l'intrigue devient poussive après 300 pages, et c'est long quand on sait que le roman en contient près du double.

Sans doute cela est-il du pour partie à une histoire sentimentale guimauve qui vient alourdir de manière artificielle la construction d'ensemble. On atteint par moments la quintessence de la collection Harlequin, ce qui ne devait pas être le but recherché.
On peut également regretter la frilosité de l'auteur, qui use de pincettes de dix mètres de long pour dénoncer la Famille consanguine qui fait la loi dans le petit monde de l'édition, entre renvoi d'ascenseurs et copinage intéressé.

Finalement, le roman vaut surtout par la liste de lectures qu'il propose. Mais assurément, il démontre qu'il ne suffit pas d'avoir bon goût pour créer de la bonne littérature.

mardi 18 août 2009

Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde, Steven Hall.

Les deux méchants de l'histoire, ce sont deux monstres virtuels, deux golems qui étendent leur empire sur le monde réel. Le premier est un ludovicien, requin nageant dans les flux d'idées, se nourrissant de mémoire humaine. Le second, Mysoft Ward, était à l'origine un chercheur ayant découvert le secret de la vie éternelle, mais dépassé par le monstre qu'il a créé.

Les gentils, ce sont un homme sans mémoire, son chat, une jeune fille qui va se révéler être la compagne idéale de l'homme sans mémoire, et enfin un vieil homme, savant ronchon, mais qui cache un cœur vaillant et généreux. La survie de ce petit groupe va passer par la destruction des deux monstres.

L'intrigue est cousue de fil dentaire, et pourtant on est tenu en haleine sur la longueur par ce thriller fantastique. La manière de recycler les clichés du genre est astucieuse de bout en bout. On pense bien sûr aux dents de la mer, mais également à Frankenstein, tout cela épicé de légendes urbaines, et relevé d'une pincée de théorie du complot.

S'il est vrai pourtant que par moment, on frôle la recette de cuisine, l'auteur s'en sort à chaque fois par la grâce de vrais morceaux de littérature. La sincérité de l'auteur finit par l'emporter in extrémis sur l'impression d'un roman construit avec de grosses ficelles. On reste sur une note finale positive, essentiellement par la grâce d'une histoire d'amour qui finit par emporter le morceau. C'est quand l'auteur renonce à ses effets les plus faciles qu'il nous convainc de l'évidence de son talent.

vendredi 7 août 2009

Dirk Wittenborn, le remède et le poison.

Cette saga familiale a pour cadre les États-Unis du début des années 50 jusque la fin des années 90. Le père, Will Friedrich, chercheur en psychologie, débute une carrière universitaire au moment des premières expérimentations sur les antidépresseurs et autres substances chimiques, pour «traiter» les maladies de l'âme. Il va mettre au point un psychotrope efficace avec l'aide d'une collègue psychanalyste. Mais si ce pharmakon (remède et poison) favorise dans certains cas un accomplissement personnel spectaculaire, c'est au prix d'un effet secondaire lourd de conséquence: la transformation d'un gentil garçon, un peu inhibé, en tueur paranoïaque.
On va suivre pendant près d'un demi-siècle l'itinéraire de Will et de sa famille. On va surtout découvrir comment, tout au long de ces années, le boulet d'une culpabilité mal assumée, difficile à avouer va empoisonner les rapports de Will avec les autres membres de sa famille.

Pour être honnête, il faut presque se forcer dans les premières pages, tant la prose paraît fade et maladroite, et le contenu anecdotique. Pourtant, la persévérance dans la lecture de ce pavé sera bientôt récompensée. Une fois passée la mise en place laborieuse des personnages et de l'action, c'est du bon, du très bon qui nous attend. On est dans le sillage des Franzen, Eugenides, on devine derrière l'ombre tutélaire d'Irving. L'auteur nous mène sur cette ligne de crête difficile à suivre, entre burlesque et tragique. Chaque éclat de rire engendre immédiatement un zeste d'acidité. On se reconnaît forcément dans cette description au vitriol des rapports familiaux, sans que cela ne soit jamais gâcher par une quelconque visée moralisatrice.

C'est un excellent moment de lecture.

samedi 18 juillet 2009

Boue, Guillermo Fadanelli.



Benito Torrentana, un ventripotent quinquagénaire, croise le chemin d'une bombe de vingt ans, Eduarda. Il est professeur de philosophie, tendance Schopenhauer, elle est meurtrière, tendance Gaston Lagaffe. C'est une communauté d'intérêt, un marché de dupes qui unit ce couple impossible: Eduarda trouve en Benito un soutien logistique pour échapper à la police mexicaine, et ce dernier voit en la belle un moyen commode de satisfaire son unique érection journalière. Du sécuritaire contre de l'orgasmique, un refuge pour une petite chose fragile dans les deux cas.

Le propos du roman est souvent très noir. L'atmosphère en est glauque et pesante, on sent cette odeur rance, un peu surette, qui fait le charme des maisons de retraite. Le discours pourrait être pompeux, empreint d'esprit de sérieux, triste et intelligent comme une page de Cioran. Heureusement, on échappe à la bêtise, au pipi de chat grâce à la distance complice que Faranelli entretient avec son lecteur: « Mais je crois que vous devez être fatigués de m'entendre dire combien j'aime cette catin. Je ne vous le reproche pas, chacun veut raconter ses propres amours, pas écouter l'épopée d'une passion qui n'est importante que pour celui qui la vit. Il faut vraiment être pervers pour s'intéresser aux histoires des autres. »

L'histoire est racontée par Benito. C'est un professeur de philosophie philosophe. L'auteur rend plausible cette contradiction en faisant de Benito Torrentana un passionné de littérature. Ses références sont à chercher du côté de Dostoïevski plutôt que du côté de Hegel. Il a besoin de confronter sa représentation du monde au monde réel: «Je croyais qu'un tel vagabondage pourrait donner de la solidité à mes idées sur le monde. J'avais l'habitude d'emmener les concepts se promener un peu pour les guérir de la peur de l'aventure, j'aimais les couvrir de boue pour les rendre plus humains, enfin ... ».

Comme on l'aura compris, c'est un roman philosophique. Mais de la veine de ceux qui fâchent les métaphysiciens. L'auteur préfère jouer du verbe que du verbeux: il nous propose le voyage au bout de la nuit d'un homme sans qualité.
Une réussite.

jeudi 25 juin 2009

He was a friend of mine, Bob Dylan.

Chacun sa manière d'évoquer les morts.

mercredi 24 juin 2009

Rien à craindre, Julian Barnes.



On le connaissait flaubertien, l'ami Barnes, avec son magnifique perroquet. Le voilà à présent montanien, avec cette promenade à sauts et à gambades. Je n'ai pas lu « Rien à craindre » d'une traite, ce n'est pas un thriller comme « Le perroquet de Flaubert ». Dans ce livre, aucune intrigue, mais une simple ballade avec un auteur éminemment cultivé et amical. Il nous livre sa généalogie littéraire, qui a connu beaucoup de semence française, et il s'en vante, le perfide albion.

Le thème central du livre est une méditation sur la mort. Attention au contre sens évident sur ce « Rien à craindre » du titre. Il ne rime pas avec le « même pas peur » vantard des cours de récréation. C'est de sa crainte du rien, du néant qui nous attend tous, mécréants que nous sommes devenus, que l'auteur a choisi de nous entretenir. Et oui, sa liberté d'homme sans Dieu, qu'il nous confie dans un paragraphe savoureux avoir conquis à la force lubrique de son poignet d'écolier, a eu une contrepartie: l'angoisse de la fin prévisible d'une belle histoire à laquelle il s'était attaché: la sienne.

Pas gai, le thème? Sans doute. Mais reprenant à son compte la célèbre formule sur la politesse du désespoir, Barnes nous retient par la manche à chaque fois après qu'il nous a conduit au bord du précipice. Il a choisi de décocher ses traits d'humour à la face de la grande faucheuse. On sourit souvent, on rit parfois. Et finalement, ce qui nous reste du livre une fois la dernière page tournée, c'est plutôt une dose d'optimisme, malgré les moments forts où il nous mène au bord de la tombe des êtres qu'il a aimé.

mercredi 17 juin 2009

Jésus sans Jésus, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur


C'est dans le cadre de la quête du Jésus historique que les recherches de Gérard Mordillat et de Jérôme Prieur s'inscrivent depuis quelques années. Depuis toujours, les évidences concernant Jésus se sont heurtées aux convictions des gardiens de l'orthodoxie. Le scandale suscité par la « découverte » de Reimarus: Jésus est né et mort juif, en est une illustration. Cet essai de démythification n'échappe pas à la règle, pour preuve la récente polémique qui a opposé les auteurs du livre aux représentants de la calotte.


Le premier opus de la trilogie, Jésus contre Jésus, replaçait l'homme dans son contexte historique. Le deuxième, Jésus après Jésus, démontrait que le fondateur du christianisme n'était pas Jésus, mais plutôt Paul de Tarse. Ce troisième tome, Jésus sans Jésus, nous invite à explorer de quelle manière une secte juive marginale s'est peu à peu émancipée, pour devenir leader sur le marché religieux.


Les auteurs s'interrogent d'abord sur l'identité de l'auteur de l'Apocalypse, Jean de Patmos. Ils contestent l'opinion commune qui fait des différents Jean du nouveau testament une seule personne, en relevant les incohérences chronologiques d'une telle thèse.

Ils reviennent ensuite sur le terme tiré de l'Apocalype: « synagogue de Satan », qui a servi pendant des siècles à stigmatiser les juifs. Contrairement à l'interprétation erronée qu'en a faite la tradition chrétienne, « la synagogue de Satan » qualifiait le mouvement paulinien. Ce courant du christianisme naissant était tourné vers la conversion des païens, et rentrait en concurrence avec le mouvement des origines, auquel appartenait Jean de Patmos. Le courant judéo-chrétien, fidèle à la loi mosaïque, tentait d'inscrire la parole de Jésus dans l'héritage juif. Ses représentants tenaient pour une abomination ce « christianisme light », incarné par Paul, qui sacrifiait à la cause d'un prosélytisme tourné vers les païens, l'interdiction de la consommation de porc, ou encore la circoncision.


Puis les auteurs nous montrent comment la culture du martyre a participé au succès du christianisme. Ils utilisent pour cela un parallèle intéressant avec le martyre musulman, le chahid, guerrier de la foi. Les réels cas de persécution aux origines du christianisme ont été amplifiés, pour le besoin de la propagande. Le sang des victimes a ainsi irrigué une littérature prosélyte, dont on retrouve jusqu'au Moyen Âge des exemples, avec La légende dorée.

S'est posée également la question de l'héritage biblique: fallait-il faire table rase des textes juifs, comme le préconisait Marcion au milieu du deuxième siècle, ou simplement prolonger l'ancien testament par un nouveau testament? Si la deuxième solution a fini par emporter l'adhésion des hiérarques d'une église en construction, on sait moins à partir de quelles relectures audacieuses les textes de la Torah ont fini par se transformer en annonce de la venue du Christ. On découvre ainsi comment, grâce à une herméneutique savante, le christianisme aurait précédé le judaïsme, en se réclamant d'une filiation directe avec Abraham. L'ancienneté en matière religieuse dans l'antiquité était un gage de paix et de sécurité, et pour cela enjeu d'une bataille textuelle vitale.


Renforcé par sa lutte doctrinaire avec les mouvements saducéens, pharisiens ou baptistes, le christianisme a alors connu à cause même de son succès des dissensions internes, comme celles qui avaient accompagnées sa naissance au cœur d'un judaïsme pluriel. Ainsi, l'Église n'aura de cesse de remettre sur le droit chemin les donatistes, ariens et autres hérétiques qui la menaçaient de division. A la lutte des origines dans laquelle s'illustra Paul de Tarse, succédera un nouveau combat dont la figure de proue sera Constantin: cet empereur converti au christianisme, convertira à son tour le christianisme à la foi impériale.

Le mariage du glaive et du goupillon ne sera pas pour autant consommé sans certaines résistances. Ainsi, le monachisme naissant du quatrième siècle est une réponse à ce qui est vécu comme une compromission du pouvoir spirituel avec le temporel. Mais deux siècles plus tard, remis au pas par une Église toute puissante, « les rebelles vont se transformer en miliciens de la puissance ecclésiastique à l'intérieur d'un État lui-même aux ordres de l'Église. »

Un autre exemple de ce questionnement sur le rapport entre autorité morale et puissance physique nous est fourni à par « La cité de Dieu ». Là encore, on va assister à un détournement textuel: l'idée d'Augustin de « découpler l'État de l'Église » sera pervertie au profit de la « conception d'une primauté de l'Église sur tout le monde chrétien, y compris les empereurs et les rois ».



Le livre se termine sur le processus d'européanisation d'une histoire originellement orientale. On s'amuserait de cette réécriture de l'histoire, de cette expulsion du judaïsme de la légende officielle, si l'on ignorait sur quelle monstruosité cette falsification a débouché. La cause essentielle de cet antisémitisme clérical est résumé par une formule saisissante, qui aujourd'hui encore aurait du mal à passer dans certains milieux prétendument éclairés: « les chrétiens doivent confesser leur appartenance à une religion dont l'inspirateur, sinon le fondateur, n'est pas de la même religion qu'eux. »


John Ford faisait dire à l'un de ses personnages dans L'homme qui tua Liberty Valance« Quand la légende est plus belle que la vérité, on imprime la légende. » Mordillat et Prieur cherchent à imprimer la vérité derrière la légende, et qu'ils en soient remerciés pour des siècles et des siècles, amen. (Terme tiré d'une racine hébraïque :'aman).

Merci beaucoup à Babelio, et à l'opération Masse critique.

dimanche 14 juin 2009

Pensées secrètes, David Lodge.



Le roman est construit à travers la confrontation de trois points de vue: le journal intime d'une écrivaine à succès, le flux de conscience qu'un scientifique abandonne à un dictaphone, et un observateur extérieur qui nous décrit avec neutralité les agissements des différents protagonistes.
L'idée de départ était formidable: nous offrir la rencontre entre deux domaines privilégiés d'accès aux pensées secrètes, les sciences cognitives et la littérature. Malheureusement, l'attente suscitée par le talent de David Lodge n'est pas entièrement comblée, l'intrigue devient de plus en plus poussive, les personnages se désincarnent au fil des pages, pour devenir de simples représentants conceptuels des thèses en présence. On est d'autant plus déçu que l'auteur a l'habitude de nous emporter sans ennui de la première à la dernière page de ses autres romans.

jeudi 21 mai 2009

Eduquer les taupes, Guillermo Fadanelli.



Le narrateur de cette histoire se remémore, à l'occasion de l'enterrement de son père, le traumatisme que celui-ci lui a fait subir en l'envoyant à l'Académie militaire de Mexico. Vingt ans après, il analyse pourquoi son père, contre l'avis de sa mère et de sa grand-mère, a décidé de le confier à cette institution: sans doute pour que son fils ne devienne pas un "pédé d'étudiant" ...

L'histoire m'a rappelé l'excellent roman d'Yves Gibeau, "Allons z'enfants". On y retrouve cette même ambiance lourde faite d'humiliations, d'abus de pouvoir. Une éducation qui a pour vocation, à force de brimades, de transformer en parfaits petits soldats des enfants parfois rebelles à l'esprit de troupe.
Fadanelli adopte un ton volontiers ironique pour ce réquisitoire. Il fait comprendre à son lecteur que ceux qui sortent d'une pareille institution sont fin prêts à affronter une vie de taupe: ne rien voir, ne rien entendre, pourvu que leur tête ne dépasse pas du rang.

samedi 16 mai 2009

Une partie du tout, Steve Toltz.



Difficile de qualifier cet ovni: roman enragé, odyssée psychédélique, tragédie burlesque? On hésite, et finalement, on s'en fout. Pour résumer l'irrésumable, c'est l'histoire d'une relation mortifère entre deux frères, puis entre un père et son fils, racontée de manière désopilante, ce qui permet de faire passer élégamment la lucidité acide du propos, un peu comme ces breuvages infects que l'on fait boire aux enfants en enduisant le bord du verre de sucre cristallisé.

On est obligé de s'arréter presque à chaque page, tant ce roman est truffé de perles, on pourrait extraire pas moins de 500 romans de ce torrent d'imagination, et pourtant tout se tient, on a réellement le sentiment de tenir entre ses mains une partie du tout.
Vertigineux!

dimanche 19 avril 2009

Décryptage.



"A la cour de Tarquin le Superbe, plus un rustre était sournois, et plus on l'estimait. On disait: "Il est sage". Plus c'était un dément effronté, et plus on l'estimait. On disait: "Il est énergique." Plus c'était un abruti primitif, et plus on l'estimait. On disait: "Il est spontané." Au début des années quatre-vingt-dix, à la cour de Tarquin le Superbe, vivaient des personnages de cette sorte: sages, énergiques et spontanés."

Vladimir Pistalo, Millénaire à Belgrade.

samedi 18 avril 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés, James Lee Burke.



J'ai voulu siroter à nouveau un Dr Pepper en compagnie de Robicheaux, pour survivre à l'avalanche de promotion qui a suivi la sortie du dernier film de Tavernier.
J'ai contourné les piles de Thompson, d'Ellroy et de Pellecanos qui encombraient les deux tiers d'un rayon de ma bibliothèque, retouné les Jonquet, Pouy et Benaquista qui occupaient l'autre tiers, et enfin retrouvé cet exemplaire acheté il y a cinq ans à Arles de "Dans la brume électrique avec les morts confédérés."
Je ne me souvenais plus de l'intrigue, seulement du plaisir que j'avais pris à cette lecture, identifiant à l'époque les marécages camargais au Bayou louisiannais, dans ma lutte sans merci contre les moustiques voraces en pleine orgie printanière.
J'ai eu davantage encore de plaisir à cette deuxième lecture. James Lee Burke nous plonge avec réalisme dans ce monde de New Iberia, nous faisant partager cette atmosphère du sud, entre accords de blues et odeurs de poulets grillés, sur fond de tension raciale. Son héros est une vraie réussite, on devine qu'il voterait Busch, et malgré tout on ne peut qu'éprouver une profonde sympathie pour son humanité. Un romancier capable d'une telle performance ne peut être qualifié que de génial.

mardi 14 avril 2009

lundi 13 avril 2009

Pierre Bayard, Le plagiat par anticipation.



Pierre Bayard à chaque nouvel opus pousse plus loin le bouchon de l'invraisemblance. L'intérêt est de moins en moins dans la thèse qu'il défend que dans la façon dont il organise son discours.

Il met au service de la galéjade avancée dès le titre de l'essai toutes les ressources de la rhétorique universitaire, mobilisant toutes les techniques argumentatives que sa fréquentation assidue des structuralistes, des psychanalystes, des lacano-baudrillardiens de tout poil lui a permis de maîtriser.
Je ne suis pas sûr pourtant que tous les professeurs et docteurs rient de bon coeur à cet essai, hormis peut être le professeur Rollin, cousin éloigné de Pierre Bayard, car derrière cette énorme farce se cache un projet peut être moins vain qu'il n'y paraît au premier abord. En effet, derrière cette habileté à construire la démonstration intelligente d'une thèse stupide, Pierre Bayard fait oeuvre de démolisseur, et nous permet de découvrir derrière la solidité de son ton doctoral la fragilité de tout son édifice.

dimanche 12 avril 2009

mercredi 8 avril 2009

Seul le silence, R. J. Ellory



Joseph Vaughan a tout juste une dizaine d'années quand son père meurt, à la fin des années 30, en Géorgie. C'est sur son enterrement que s'ouvre ce magnifique roman. Joseph va peu après découvrir le corps mutilé d'une de ses camarades de classe. C'est le début d'une série de meurtres qui va plonger cette région des États Unis dans l'horreur, puis révéler la part d'ombre de ses habitants.

L'auteur a su magnifiquement incarner ses personnages, et décrire l'abîme qui sépare l'Amérique rurale de l'Amérique urbaine. Il nous fait ressentir l'empreinte d'une géographie, d'un environnement âpre sur le développement des caractères des personnages. Les sentiments du héros, déchiré entre la fidélité à ses racines et son aspiration à découvrir de nouveaux horizons, sont rendus avec une puissance rare.

Encore un démonstration que la noire n'a rien à envier à la blanche lorsqu'elle est bonne.

dimanche 5 avril 2009

New York City.



"Je souriais comme un l'imbécile que j'étais. C'était là quelque chose qui valait le voyage; c'était New York City, le cœur de l'Amérique du Nord, ses rues comme des veines, ses boulevards comme des artères, ses avenues comme des synapses électriques claquant, canalisant, s'étirant; un million de voix, un million d'autres les recouvrant, tous ces gens aussi proches qu'une famille mais ne voyant qu'eux mêmes."

"Seul le silence", R. J. Ellory.

dimanche 29 mars 2009

Spectacle d'une agonie.



Paul Veyne, dans "Sexe et pouvoir à Rome", explique que l'attrait principal pour les combats de gladiateurs ne résidait pas dans la lutte à mort entre deux hommes. Le plus souvent, le combat se terminait par l'abandon d'un des deux adversaires. C'est alors que le mécène du spectacle prenait la décision soit d'épargner le vaincu, soit de le mettre à mort. Le clou du spectacle était ce moment:
"Un combat de gladiateurs n'est pas un duel loyal où décident les armes: sa logique est d'acculer un malheureux à se déclarer lui-même brisé et à remettre son existence aux mains d'un public qui sent sa toute-puissance dans cet instant où un homme attend sa sentence. La chose passionnante à voir est le visage de cet homme qui attend, puis le visage qu'a cet homme pendant qu'on l'égorge: précisément, l'honneur professionnel des gladiateurs était de demeurer impavides pendant ces instants, qui étaient les moments inoubliables du combat: tout ce qui avait précédé ne tendait qu'à cela."

Le parallèle est saisissant, à deux mille ans de distance, avec le spectacle organisé autour de la mort de Jade Goody. Bien sûr, sa mise à mort n'a pas été décidée par un quelconque organisateur de spectacle (peut-être y reviendra-t-on ...), mais l'engouement suscité par cette agonie a sans doute beaucoup à voir avec un instinct archaïque, vouloir percer derrière le visage d'un condamné à mort le secret qui nous terrifie et nous concerne tous, à plus ou moins longue échéance.

mercredi 25 mars 2009

Rhizome.

L'Homme qui chante l'Homme qui chante.

samedi 21 mars 2009

De la suite dans les idées.

Benoit est fidèle à ses engagements. Après avoir adhéré dans sa jeunesse au projet d'éliminer les juifs d'Europe, il promeut une idéologie qui aura pour effet l'élimination d'une partie de la population africaine.

mardi 3 mars 2009

Contre Lénine.

Le peuple a besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la positive attitude bourgeoise.
Le libéralisme, c'est le pouvoir des capitalistes plus le football.

lundi 2 mars 2009

Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Excellente comédie sentimentale de Michel Gondry. Grâce à une trouvaille scénaristique originale, le réalisateur renouvelle ce genre usé, devenu si conventionnel après l'âge d'or des années cinquante. On pouvait d'ailleurs craindre le pire, après dix premières minutes entre le rose et le mauve, même si des indices astucieusement semés (les pages déchirées du journal intime, l'inconnu qui aborde Joël devant l'appartement de Clémentine) sont comme des grains de sable entre les dents crantés d'une mécanique lubrifiées au sirop de grenadine.

On assiste alors au dynamitage des traditionnels épisodes de la relation amoureuse: tout va se présenter dans le désordre, et générer un kaléidoscope émotionnel en nous projetant dans un patchwork temporel. Sans jamais s'essouffler, l'intrigue va nous mener jusqu'à cette dernière scène d'anthologie, où le plaisir initial de la découverte de l'autre, le moment euphorique de la rencontre amoureuse, vont être soumis au tribunal de l'habitude, confrontés aux récriminations du quotidien, créant une dissonance au cœur même de la romance naissante.

On ajoutera à cela une bande-originale très réussie, avec notamment une reprise par Beck du sirupeux slow des Korgis, Everybody's Gotta Learn Sometimes.

mercredi 25 février 2009

Distinction entre torchons et serviettes.



"... le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l'histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigmes dans le compost du sudoku."

J-Bernard Pouy, Une brève histoire du roman noir!

La reine des lectrices, Alan Bennett.



Cette reine des lectrices est accessoirement reine d'Angleterre. La littérature envahit sa vie le jour où, par accident, elle pénètre dans un bibliobus et se sent obligée d'en ressortir avec un livre. C'est le début d'une maladie douce, maladie d'amour, qui va peu à peu la conduire à négliger les activités inhérentes à sa fonction, pour assouvir une passion de plus en plus gênante au regard de ses obligations protocolaires. C'est l'histoire d'un apprentissage qui conduira la reine jusqu'à la révélation proustienne.

Dans un temps où la culture est menacée en France par les promoteurs de l'argent roi et du divertissement bigardoclavieriste, cette fable est rafraichissante. C'est une sorte de réponse à Seguela, qui affirmait il y a peu qu'un homme de cinquante ans sans rolex au poignet était un raté. On lui répondra que s'il a perdu son temps à lire Proust, ce raté se sera épargné la servitude de donner l'heure avec ostentation à son entourage béat d'admiration.
Il me semble d'ailleurs que Proust n'avait pas de rolex.

samedi 21 février 2009

Mensonge et persuasion.

Figures de style.

« - J’ai bon caractère, mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse.
- C’est chouette ça, comme métaphore.
- Ce n’est pas une métaphore, c’est une périphrase.
- Oh, fait pas chier !
- Ça, c’est une métaphore. »

Michel Audiard, Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (1968)

samedi 14 février 2009

vendredi 13 février 2009

Echange au sommet.

"_ Lève toi vite, ou je t'écrase la gueule à coups de talon.
_ Casse toi pauvre con."

mercredi 21 janvier 2009

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès.



Juin 1982: Eléazard, journaliste français exilé au Brésil, se voit confier la tâche de commenter une biographie d'Athanase Kirsher, jésuite du dix-septième siècle, écrite par son disciple. Durant tout le roman, nous allons ainsi naviguer entre deux époques, celle révolue de l'ère baroque, et celle toujours vivante d'un libéralisme sauvage qui fleurit sur la misère sociale.
Près de huit cents pages, on pourrait prendre peur avant de démarrer l'ascension. Pourtant, cette escalade s'effectue d'une seule traite, avec infiniment de plaisir, grâce à l'extraordinaire maîtrise de l'auteur. On ne compte pas moins de quatre intrigues principales, dont le rythme s'accélère continuellement, jusqu'à nous soumettre dans les derniers chapitres à un suspens haletant.
Mais ce roman est davantage qu'un simple roman d'aventure, il propose en effet une réflexion sur la modernité, la nature du progrès des connaissances, le sens d'une existence humaine, sans jamais tomber dans le piège de la cuistrerie.
Enfin un roman français qui ose la générosité.

dimanche 18 janvier 2009

L'économie expliquée à ma fille.

"Sous prétexte que les communistes se sont cassé la gueule en URSS, avait dit l'oncle pas plus tard qu'hier, il faudrait cracher sur le marxisme, rejeter la lutte contre l'oppression, l'espoir du Grand Jour? Non, princesse, ça arrangerait trop de monde, cette histoire. C'était pas net du tout. Ils se pavanent aujourd'hui, mais ils ont développé que le sous-développement, si tu veux mon avis. Même l'aide aux pays du tiers-monde, tu sais comment ça marche? On prend du fric aux pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres... Ça tourne en rond... Je suis pas communiste, mais la seule politique pour une mouche, c'est de sortir de son piège à mouche, on m'ôtera pas ça de l'idée..."

J-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux.

samedi 17 janvier 2009

Les preuves.

Quand nous les faisons nôtres, nous triomphons d'épreuves.

jeudi 8 janvier 2009

Des siences de l'esprit.




"Je crois simplement que nul ne sait jamais rien sur personne. Il n'y a pas de mathématiques de l'esprit humain; ni vrai ni faux dans ce domaine, seulement des masques et des manteaux d'arlequin. Comédien celui qui regarde en croyant, de bonne fois ou de mauvaise fois, échapper à la manipulation; comédien, celui qui se laisse regarder. On ne sort pas de là ...".

Jean-Marie Blas de Roblés, Là où les tigres sont chez eux.

lundi 5 janvier 2009

Un etron sur la lune.

"Envoyer un missionnaire convertir les chinois ou un cosmonaute sur la Lune, c'est exactement ma même chose: cela part d'une volonté identique de régir le monde, de le confiner dans les limites d'un savoir doctrinaire et qui se pose chaque fois comme définitif. Aussi improbable que cela ait pu apparaître, François-Xavier arrive en Asie et convertit effectivement des milliers de chinois, l'Américain Armstrong - un militaire, entre parenthèses, si tu vois ce que je veux dire ... - foule aux pieds le vieux mythe lunaire, mais en quoi ces deux actions nous apportent-elles autre chose qu'elles-mêmes? Elles ne nous apprennent rien, puisqu'elles se contentent d'entériner quelque chose que nous savions déjà, à savoir que les chinois sont convertibles et la Lune foulable ... Toutes deux ne sont qu'un même signe de l'autosatisfaction des hommes à un moment donné de leur histoire."

Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux.

dimanche 4 janvier 2009

oh my mama, Alela Diane.

Donald est mort.

Donald Westlake: 1933-2008.
Adieu Dortmunder.